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Chapelle des Larmes ~ Mont Sainte-Odile

Chapelle des Larmes

Mont Sainte-Odile

La Chapelle des Larmes existait déjà au XIIe siècle : de style roman, elle était fortement délabrée quand le Mont Sainte-Odile fut racheté par l’Evêché en 1853. Aussi fut-il décidé, sous la direction du vicaire général Nicolas Schir, de la reconstruire entièrement en 1855-1856. Sa porte, primitivement située au nord, fut alors ouverte dans la façade occidentale. Durant les importantes transformations entreprise par l’architecte Robert Danis en 1932-1934, le pignon triangulaire mis en place par Nicolas Schir fut supprimé et remplacé par un toit à quatre pans.

Lorsqu’on pénètre dans la chapelle, on est tout de suite intrigué par le contraste entre la partie basse, toute en gris, et la partie haute parée de mosaïques dorées, comme un symbole qui nous rappellerait la tristesse de la vie terrestre, comparée à la vie promise au Paradis.

Sur le sol devant l’autel se trouve une bien étrange cavité. Selon la tradition, elle aurait été creusée par les larmes de Sainte Odile qui, pour obtenir de la miséricorde divine le salut de l’âme de son père, vint prier et pleurer dans cette chapelle (d’où son nom). Il n’en fallut pas moins pour que cette curiosité devienne sacrée et que de nombreux pèlerins vinrent y frotter des bouts de linge pour essuyer leurs yeux. Cette cuvette fût sans cesse remplie avec de l’eau provenant de la source Ste Odile, située en contrebas du couvent. Pour mettre fin à ces pratiques, une grille fût posée par dessus. L’autel roman, en pierre, est dédié à sainte Eugénie, nièce de sainte Odile et seconde abbesse de Hohenbourg.

Les mosaïques ont été réalisées en 1935-1936 par les céramistes Alphonse Gentil et François Eugène Bourdet, d’après des dessins de R.M. Aubry et des cartons de Franc Danis (fils de l’architecte Robert Danis).

En pénétrant dans la chapelle, vous êtes accueillis, à droite, par Sainte Eugénie, nièce de Sainte Odile et seconde abbesse de Hohenbourg, et à gauche par le pape saint Léon IX. Admirez la magnifique mosaïque du plafond, inspirée d’une miniature du Hortum Deliciarum, expliqué à la fin.

Sur le mur de droite, à gauche de la fenêtre, nous voyons sainte Attale, nièce de sainte Odile et soeur de sainte Eugénie, qui fut la fondatrice et la première abbesse de Saint-Etienne de Strasbourg, ainsi que sainte Relinde qui contribua à l’essor exceptionnel que connut le couvent au XIIe siècle ; à droite de la fenêtre, l’artiste a représenté l’impératrice sainte Richarde, fondatrice de l’abbaye d’Andlau, et Herrade, l’auteur du Hortus Deliciarum, qui succéda à Relinde.

Sur le mur de gauche, ont été représentés saint Materne, le premier apôtre de l’Alsace, ainsi que saint Amand, saint Arbogast et saint Florent, évêques de Strasbourg.

En vous retournant vers la porte, ce sont sainte Odile et Aldaric, son père et duc d’Alsace, qui entourent les baies vitrées, au milieu desquelles ont été représentées les armes du couvent.

Sur le mur de gauche, nous voyons le boeuf de Saint Luc et l’aigle de Saint Jean. L’inscription en latin signifie « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait ».

Sur le mur de droite, ce sont le lion de Saint Marc et l’ange de Saint Mathieu qui sont représentés, accompagnés d’une inscription latine qui signifie : « Dieu est amour, et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu en lui ».

La mosaïque du plafond

Sur la grande bande qui entoure toute l’image se trouve résumé le sens de ce qui est représenté : « Le Roi et la Croix sont la lumière; l’autel et le boeuf n’étaient que des préfigurations; c’en est fini de l’agneau, de la chèvre, du boeuf; la vraie victime, c’est le Prêtre ».

L’image est dominée par le Christ, à la fois grand prêtre et roi, entouré de dix figures féminines voilées à la manière des moniales : elles représentent les vertus chrétiennes; leurs noms sont inscrits sur les bandes qui entourent chacune d’elles. Entre elles et le Christ s’établit un dialogue, composé de textes empruntés à des psaumes. Le premier texte, en bas à gauche, ne fait pas partie du dialogue à vrai dire, mais forme en quelque sorte l’introduction: « Tu ne demandes pas des holicaustes pour l’expiation des péchés; mais tu vois, je viens pour accomplir ta volonté ».

Voici le dialogue entre le Christ (en italique) et chacune des vertus (la réponse sort de leurs mains) :

  • l’Obéissance : Que me vaut la multitude de vos sacrifices ? Mieux vaut l’obéissance que les sacrifices.
  • l’Abstience : Je ne te reprends pas à cause de tes sacrifices. C’est du fond de mon coeur que je m’offre à toi.
  • la Compassion : Je n’accepte pas les génisses de tes étables. Ta loi, Seigneur est dans mon cœur.
  • la Justice : Et point de boucs de ton troupeau. Tu agréés un sacrifice de justice.
  • la Pauvreté: Quand j’aurai faim, je ne te le dirai pas. Que rendrai-je au Seigneur pour tout ce qu’il m’a donné ?
  • la Sobriété : Dois-je manger la chair des taureaux ? Le sacrifice du soir, c’est l’élévation des mains.
  • la Largesse : Boirai-je le sang des boucs ? Si tu avais voulu des sacrifices, je te les aurais offerts.
  • la Chasteté : Offre au Seigneur un sacrifice de louange. Les holocaustes ne te sont pas agréables.
  • la Pénitence : Par un sacrifice de louanges tu m’honoreras. Un coeur contrit est un sacrifice agréable à Dieu.
  • la Confession (Sincérité) : Je veux la miséricorde et non le sacrifice. Je t’offrirai des taureaux et des boucs.
Crédit des texte :
Jean-Claude Wey dans son ouvrage « Hortus Deliciarum » paru aux Editions « Les Petites Vagues ».
Marie-Paule et Claude Burgard sur leur site : www.horizon-nomade.com que je vous invite à découvrir.